Identification : Choix conscient et Défense inconsciente.

S’identifier à un modèle n’est pas à priori une modalité défensive, puisque cela permet à la fois de « copier » toute attitude, aspect ou pensée que l’on jugerait bonne(selon des critères comme la société ou l’intérêt personnel du sujet) chez un autre individu, et aussi de rentrer en contact avec l’autre, de se mettre à sa place( l’empathie est largement sollicitée chez le psychologue et le psychanalyste). Dans ce sens, s’identifier à quelqu’un relèverait donc plus d’activité consciente que d’activité inconsciente, car c’est effectivement un choix conscient.
En tant qu’activité inconsciente, l’identification n’est pas une simple imitation, mais devient un mécanisme mental, comprenant alors une finalité défensive, qui se représente sous la forme d’un travail psychique destiné à réaliser(c’est un fantasme) le but d’être l’autre. Cela pourrait aider le sujet à lutter contre l’angoisse due à la perte d’un objet(très souvent une personne) ou pour s’assurer une emprise sur le monde extérieur. On parle alors bien de défense, qui plus est ,se réalisant de manière inconsciente.

Définition.

Freud introduit la notion d’identification lorsque, à la faveur de son auto-analyse, il découvre en lui une pluralité de personnes psychiques. Cette identification se spécifie de deux manières : elle est portée par un désir d’assimilation, opérant dans un mouvement objectal(re-création de l’autre en moi-même).
L’équivalence et la distinction, deux principes apparemment contradictoires, mais qui entre dans la logique de l’identification, permettant alors le début d’une relation objectale et l’absence d’angoisse si l’objet si l’objet n’est plus là, d’où un enrichissement du MOI et une défense certaine lorsque l’on retrouve en soi plusieurs aspects de l objet absent. Freud explique par exemple que la douleur mélancolique a pour cause l’identification à l’objet perdu, qui permet dans ce cas au sujet de conserver en lui une partie de l’objet et donc de ne pas abandonner la relation d’amour.
L’ambivalence est essentielle dans la constitution de l’identification, et arrive de manière très précoce chez l’individu, selon Bion, Meltzer et Rivière, trois élèves de Mélanie Klein. Le processus d’Identification donne lieu en fait à diverses identifications, dont la portée défensive et structurante sera différente, d’autant plus que cette Identification peut s’associer à D’autres mécanismes psychiques.

Relation avec d’autres mécanismes de défense.

L’identification et plus précisément la défense identificatoire ne peut être disjointe du fantasme qu’est l’incorporation, ainsi que de l’introjection. Les fantasmes oraux ou cannibaliques tiendraient alors de la régression. On a vu aussi que le complexe d’Oedipe entre autre avec une identification de l’enfant au parent de même sexe.
Le processus d’identification se combine en outre avec le mécanisme de renversement en son contraire, comme on peut le voir souvent dans les jeux d’enfants(passage de la passivité à l’activité, et inversement) ou dans le renversement du but de la pulsion partielle, qui permet d’éprouver le plaisir(par exemple) sadique, lorsque le sujet s’identifie à celui qui le fait souffrir : le plaisir résultant du masochisme serait alors le même ,par identification, que celui qui résulte du sadisme. La relation entre renversement et identification se voit D’autant plus lorsque le sujet se refuse à agir comme l’autre, en écartant au possible tous ce qui appartient à l’aspect marquant de l’objet( par exemple, c’est l’attitude d’un sujet qui ne refusera rien à ses enfants, parce qu’il aura eu des parents très sévères) ; on peut alors parler de contre-identification.
De ces relations, on peut tirer la conclusion suivante : l’identification joue un rôle certain dans l’élaboration d’autres mécanismes de défense.

Conséquences pathologiques possibles.

Comme on l’a dit en première partie, l’identification relève de deux fonctions contradictoires : instabilité, déplacement et substitution pour la première, puis permanence, stabilité et constance pour la deuxième.
La première peut engendrer l’identification hystérique , manière de réaliser la possession de l’objet non par l’imitation, mais bel et bien par appropriation. C’est ainsi que l’on peut voir les sujets(hystériques) exprimer par leurs manifestations physiques les états intérieurs de plusieurs personnes.
La deuxième aussi relève du désir de possession de l’objet, mais la pathologie tient du fait que l’objet est introjecté dans le MOI a tel point que le sujet n’est plus lui-même, il devient l’Autre absent. C’est l’identification narcissique. Elle implique une confusion d’identité entre le sujet et l’objet ; la défense est un échec : tout travail de deuil ou de séparation est impossible, le mélancolique devient incapable d’aimer à nouveau.
L’enfant autiste, considérant que sa mère peut lui faire défaut, préfèrera se rabattre sur des objets durs, plus sécurisants de par leur nature permanente et concrète(cela se retrouve aussi, à moindre mesure, chez d’autres enfants qui ne se détachent pas d’une peluche ou d’une couverture par exemple). C’est l’identification adhésive. Elle empêche la satisfaction par l’hallucination(par la pensée), car le souvenir de l’objet satisfaisant est remplacé par le contact réel et permanent avec cet « objet autistique ».
L’identification irait de paire parfois avec la paranoïa, du fait que le sujet identifie cette fois ci ses propres aspects aux autres. On voit ici que l’identification n’est pas seulement le fait de s’identifier, mais peut prendre la tournure inverse. A l’extrême, le délire est la croyance, poussée à son paroxysme, d’être l’autre. Il y a alors supériorité de l’ « autre soi-même idéal » par rapport au MOI-propre au sujet. Dans ces cas, délire et paranoïa, on parlera d’identification aliénante.
L’identification n’institue pas toujours des retombées pathologiques : les « fantasmes inconscients d’identification » représentent une part essentielle de la construction du MOI en relation avec l’autre. L’identification constitue le point de départ d’une relation objectale (cela permet par exemple à un groupe d’être plus ou moins soudé en prenant modèle sur le sujet dominant du groupe, le leader)en même temps qu’une défense contre l’absence d’objet, et peut devenir le moyen de se détacher des objets en les appropriant.